« Trop, c’est trop ! » est un collectif d’individus constitué à la fin de l’année 2001 à l’initiative de Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet pour protester contre l’enfermement de Yasser Arafat à Ramallah et les coups portés par l’armée israélienne à l’Autorité palestinienne. Il s’est exprimé de nouveau quand de nouvelles menaces ont compromis encore davantage la paix dans la région qui passe par l’existence d’un Etat palestinien.

Le collectif « Trop, c’est trop ! »

Le premier appel du collectif « Trop, c’est trop ! », signé aussi entre autres par l’historienne Michèle Perrot, le metteur en scène Bernard Sobel et le mathématicien Laurent Schwartz, publié en décembre 2001 et janvier 2002 dans Le Monde, protestait contre le fait que : « Les dirigeants palestiniens, Yasser Arafat en tête, qui serra naguère la main d’Itzhak Rabin, sont aujourd’hui cernés à Ramallah par des tanks israéliens. Les bombes pleuvent sur le territoire où vit encore une partie du peuple palestinien. Rien, nous disons bien, rien – y compris les attentats inacceptables commis par des kamikazes – ne peut justifier de tels actes. Le peuple palestinien a le droit de vivre libre. Il a droit à un État véritable. » Il a organisé sur ce thème des réunions publiques à Paris et publié plusieurs numéros d’un bulletin (reproduits sur ce site) auxquels nombre de personnalités ont contribué. Dans le premier, André Mandouze faisait le lien entre ses engagements passés au sein de Témoignage chrétien, dans la Résistance contre le nazisme et ses persécutions des Juifs, puis pour l’indépendance de l’Algérie, et son soutien présent à la cause des droits des Palestiniens. Des Israéliens opposés à la colonisation comme Amira Haas ou Zeev Sternhell y apportaient leur point de vue et une réunion avec notamment Stéphane Hessel et Jean Lacouture était annoncée.

Madeleine Rebérioux a relaté peu après l’origine de ce collectif dans le n°83 (printemps 2002) de la Revue d’études palestiniennes :

« Nous en sommes là trois mois après ce 13 décembre où Ariel Sharon, démocratiquement élu par le peuple israélien, décréta “hors jeu politiquement” l’élu légitime du peuple palestinien, Yasser Arafat, et l’encercla dans sa résidence de Ramallah avant, ou parfois juste après, avoir démoli la radio et la télévision palestiniennes. Eh oui ! nous en sommes là. Décidément, “trop, c’est trop”. L’intervention intellectuelle et citoyenne que fut “Trop, c’est trop !” n’a donc pas ­— c’est le moins qu’on puisse dire ­— permis de faire basculer vers le droit et la paix la tragédie qui frappe le Proche-Orient, qui nous frappe tous. Oui. Mais qui s’y attendait ? Certes pas les premiers signataires d’un texte écrit dans la colère et la douleur. Et puis, nul ne sait : il a fallu près d’un an pour qu’on mesure en 1898 la portée des premiers manifestes de soutien à Zola publiés au lendemain de “J’accuse !…” Les mouvements d’opinion sont lents à se former, difficiles à interpréter. Les textes foisonnent. Ils se répondent. Ils se prolongent. Ils peuvent se caricaturer. Les chercheurs ont mis longtemps à comprendre concrètement comment étaient nés et s’étaient propagés les “manifestes d’intellectuels” de janvier 1898. En sachant raison et mesure garder, je voudrais donner quelques informations sur la naissance de “Trop, c’est trop !” et sur la manière dont il échappa très vite à ses premiers signataires.

L’état civil, donc. L’acte de naissance pour commencer. Le 13 décembre 2001, les porte-parole de trois organisations engagées, à des titres divers, dans la défense des droits étaient reçus dans la soirée à l’Elysée et à Matignon : le président de la Ligue des droits de l’homme, le secrétaire général du MRAP, la vice-présidente de France-Palestine Solidarité exprimaient “leur stupéfaction et leur angoisse” devant ce qui venait de se passer et souhaitaient que les autorités de la République fassent le geste fort d’inviter à Paris Yasser Arafat : manière de répondre aux interdits israéliens, manière de dire que la “mise hors la loi” de Yasser Arafat ne pouvait être décrétée, quel que fut le pouvoir que s’attribuaient les autorités occupantes, par le Premier ministre d’Israël.

Militante de longue date, depuis les débuts de la guerre d’Algérie, des mouvements anticolonialistes et de la Ligue des droits de l’homme — que j’ai présidée de 1991 et 1995 —, j’étais depuis plusieurs mois à la recherche d’une initiative, à la fois intellectuelle et populaire, qui permit à des forces, réfugiées dans le silence depuis le début de l’Intifada, de s’exprimer à nouveau. C’est dans cet esprit et au cœur de cette journée que je compris avec François Della Sudda, attaché de longue date à la cause palestinienne, que le moment était venu : trop c’était trop. Une réaction individuelle donc, au sein d’une démarche collective : rédaction en moins d’une heure ; coups de téléphone pour m’assurer l’approbation de quelques amis qui n’avaient jamais renoncé à associer pratique intellectuelle et militantisme ; feu vert — mais à cette date pas davantage — de la direction de la Ligue. Un de mes fils, lui-même militant à la LDH [Vincent Rebérioux], plus versé que moi — ce n’est pas difficile ! — dans le maniement des nouvelles techniques de communication, accepta de diffuser par son e-mail le texte complet, très court à la vérité, dont Le Monde venait de publier une version abrégée. Et vogue la galère ! Et monte la colère. »

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Combattre l’antisémitisme et sanctionner la politique israélienne

Ayant accueilli des Juifs victimes de l’antisémitisme et des survivants du génocide perpétré par les nazis, l’État d’Israël a le droit de vivre en paix et de voir ses frontières reconnues. A cet égard, nous restons fidèles à la double exigence affirmée par Pierre Vidal-Naquet au lendemain de la guerre de 1967( < Après > Le Monde du 13 juin 1967 ) : défendre l’existence de cet État mais exiger aussi de lui l’évacuation des territoires conquis alors afin que puisse s’y établir un État palestinien. Hélas, les élections législatives  de mars 2015 et la formation du gouvernement qui en résulte nous éloignent encore davantage de cette issue. En effet, elles ont donné la victoire à Benjamin Netanyahou, lequel a déclaré ouvertement son refus d’un tel État. Forts de leur supériorité militaire, les gouvernants actuels de l’État d’Israël risquent donc de rendre impossible toute création d’un Etat pour le peuple palestinien. Comme on peut le constater, la poursuite de la colonisation de l’ensemble de Jérusalem et de la Cisjordanie ainsi que le blocus aérien, maritime et terrestre de Gaza, condamnent sa population civile, au mieux à survivre, au pire à mourir parmi les ruines.Il faut donc des sanctions et des pressions internationales à l’encontre de cette politique. Nous sommes préoccupés, en France, par la montée de l’antisémitisme et des autres formes de racisme et nous les combattons. Mais nous nous élevons aussi, avec force, contre tous ceux qui se servent de l’argument de l’antisémitisme pour refuser de critiquer la politique désastreuse menée par Benjamin Netanyahou. Continuer la lecture de Combattre l’antisémitisme et sanctionner la politique israélienne 

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